Un voyage ornithologique au Sénégal - mars 2013

Le Sénégal est un paradis pour les ornithologues. Du nord au sud, presque sept cents espèces peuvent être (...)

Ce voyage de naturalistes amateurs a été sponsorisé scientifiquement par l’ANY sur proposition de John ROSE, et quatre membres d’ANY y ont participé : Bertrand MENNESSON, co-coordinateur d’ornithologie, Sylvie et Patrick MENESTREY ainsi que John qui était chargé de la planification technique. Les autres participants étaient : Michel DURAND, responsable de la promenade hebdomadaire de la LPO au Bois de Boulogne, Rosemay et André BONIFAS, membres actifs de la LPO à Gap, et William HENNEKER. Du point de vue de la logistique, le séjour a été organisé par Nouvelles Frontières Sénégal. Le principe de tourisme équitable était fondamental : c’est à dire travailler dans la mesure du possible avec les associations, communautés, petites entreprises et professionnels locaux, pour que les bénéfices reviennent à l’économie locale tout en réduisant les coûts.

L’équipe au complet au mont Assirik, Photo John Rose

Parmi les 8 participants au voyage, John, Bertrand et Michel connaissaient déjà le Sénégal et ses ressources ornithologiques. Pour les cinq autres, le parcours de cinq zones géographiques différentes au départ de DAKAR en direction du sud-est du pays fut une découverte.

Tracé GPS du voyage
Carte William Henneker

- 12-03 : Mbao -> Toubacouta ;
- 13-03 : Toubacouta (Île aux Oiseaux) ;
- 14-03 : -> Wassadou ;
- 15-03 : -> Simenti (Parc de Niokolo-Koba) ;
- 16-03 : -> Mont Assirik (Parc de Niokolo-Koba) ;
- 17-03 : -> Chez Léontine ;
- 18-03 : -> Andyel -> Dindéfello -> Mako ;
- 19-03 : -> Mbao ;
- 20-03 : -> Parc de Hann (Dakar)

Le Sénégal est un paradis pour les ornithologues. Du nord au sud, presque sept cents espèces peuvent être observées. Ce pays a la chance d’avoir eu des dirigeants sensibles à la préservation des biotopes, dirigeants qui ont impulsé la création de six parcs nationaux qui occupent plus que 5% de la surface du territoire, ainsi que de nombreux réserves naturelles et forêts protégées ce qui
porte la proportion du territoire protégée à plus de 12%.

Nous avons pu constater à plusieurs reprises un réel souci des autorités et des associations pour promouvoir l’éducation à l’environnement des jeunes générations et des populations avoisinantes aux parcs.

Sur place nous avons été accompagnés, introduits auprès de scientifiques, aidés dans l’identification des oiseaux et de la flore par Dr. Moussa Séga DIOP, biologiste ornithologue, écologiste convaincu, ainsi que par des guides professionnels pour le delta du SALOUM et du parc national du NIOKOLO KOBA.

Le mois de mars est déjà très chaud. Nous aurons, à certains endroits, 43° à l’ombre. Bon nombre d’oiseaux migrants ne sont pas encore repartis vers le nord. Nous aurons l’occasion d’admirer de belles parades nuptiales de la part de ceux qui nicheront au Sénégal.

Nous quittons MBAO dans la banlieue de DAKAR « à la fraîche » à une heure très matinale, réveillés par les 3 notes interrogatives du Bulbul des jardins (Pycnonotus barbatus) et les sifflements répétés du Gonolek de Barbarie (Laniarius barbarus) au ventre écarlate. Nous apercevrons également notre premier Calao à bec noir (Tockus nasutus) ainsi que notre premier Touraco gris (Crinifer piscator). Ces oiseaux sont des résidents très communs que nous retrouverons dans tous les biotopes traversés.

Nous mettons le cap sur la réserve naturelle de l’Institut de recherche pour le développement à MBOUR sur la Petite Côte, à 80km au sud de DAKAR. Les milans noirs tournoient de façon incessante dans un ciel sans nuages. La réserve contient un sentier écologique traversant des zones d’une grande diversité : côte sableuse, savane arbustive, lagune littorale, mangrove. Le responsable des activités éducatives nous y accueille et nous servira de guide. La réserve comporte un labo de géophysique et un musée ornithologique recelant une collection importante de spécimens des oiseaux du Sénégal.

Le suivi de la biodiversité et de la protection de la nature y est rigoureux. L’éradication des plantes invasives, notamment le neem (Azadirachta indica), importé d’Asie en vue d’un programme de lutte contre la déforestation il y a plusieurs décennies, y est pratiqué.

Rollier d’Abyssinie (Coracias abyssinicus), Photo John Rose

Nous cheminons, dans une chaleur suffocante, vers la zone littorale lagunaire, parmi les buissons épineux, les acacias, les flamboyants, accompagnés par des Agrobates podobés (Cercotrichas podobe) qui sautillent sur le chemin ainsi que par de nombreux gûepiers, astrilds, sérins et souimangas, un très beau Rollier d’Abyssinie (Coracias abyssinicus), des Colious huppés (Urocolius macrourus), une Corvinelle à bec jaune (Corvinella corvina), des Tourterelles pleureuses (Streptopelia decipiens). Lorsque nous atteindrons la zone littorale, nous retrouverons des limicoles familiers (Avocettes élégantes (Recurvirostra avosetta), Barges rousses (Limosa lapponica), Echasses blanches (Himantopus himantopus), Bécasseaux sanderling (Calidris alba), Grands Gravelots (Charadrius hiaticula), Chevaliers aboyeurs (Tringa nebularia), sternes…), ainsi qu’en bordure d’eau une Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla cinerea) rare au Sénégal.

Education à l’environnement, Photo Bertrand Mennesson

Nous quittons le pays des SERERES, ethnie de la région de MBOUR, pour KAOLACK plus au sud. Avant de partir, nous visiterons en compagnie d’une classe de collégiens, le musée ornithologique.

Arrivés en fin d’après-midi devant l’île KOUSMAR, une palabre interminable sous le soleil avec les responsables de la réserve finira par aboutir à un passage en pirogue, juste avant la nuit, pour observer aux jumelles et à bonne distance, le dortoir des Faucons crécerellettes (Falco naumanni).

Nous parviendrons fatigués à la petite ville de TOUBACOUTA, à la nuit tombée, où nous serons accueillis avec gentillesse par Youssou, l’hôtelier, et Christophe CAMARA notre guide pour la journée en pirogue du lendemain.

Après une nuit réparatrice, nous rejoignons l’embarcadère où nous attend la pirogue qui nous mènera à travers le bolong (bras de mer) BANDIALA bordé de palétuviers jusqu’à l’ÎLE AUX OISEAUX. Un rare Vanneau terne (Vanellus lugubris) normalement trouvé beaucoup plus au sud en Afrique, une Aigrette des récifs (Egretta gularis) à forme sombre et un Courlis corlieu (Numenius phaeopus) cherchent leur pitance dans la vasière. Nous embarquons pour 9 heures de pirogue pratiquement sans escale. Nous allons circuler dans cette vaste zone de mangrove, les bolongs, où les oiseaux sont nombreux car la nourriture est abondante.

Culture des huîtres, Photo John Rose

La végétation subtropicale humide est dense et, depuis la cime des palétuviers, beaucoup guettent leurs proies ou se reposent jusqu’à la marée prochaine : Courlis corlieu, Courlis cendré (Numenius arquata), Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus), Pygargue vocifère (Haliaeetus vocifer), Pélicans gris (Pelecanus rufescens), grande Aigrette (Ardea alba). Des Martins pêcheurs pie (Ceryle rudis) frôlent la surface de l’eau. Halte à MISSIRAH pour faire le plein d’essence ; sur le quai, parmi les pêcheurs et les enfants, un Pélican gris peu farouche circule à la recherche d’un poisson oublié. Un vol de Spatules d’Afrique (Platalea alba) traverse le ciel. Un groupe de Grands Dauphins (Tursiops truncatus) remontent allégrement le bolong juste en face de nous. Surgissant de l’intrication des racines des palétuviers un somptueux Héron goliath (Ardea goliath) se fait longuement admirer avant de disparaître dans la mangrove. Nous apercevons les ramasseuses d’huîtres.

Pygargue vocifère (Haliaeetus vocifer), Photo Patrick Menestrey
Mouette à tête grise (Chroicocephalus cirrocephalus), Photo Patrick Menestrey
Héron goliath (Ardea goliath), Photo Patrick Menestrey

Plus nous progressons en direction de la mer plus nous rencontrons de Sternes : caugek (Sterna sandvicensis), royale (Sterna maxima), caspienne (Hydroprogne caspia).

Colonie de Sternes caspiennes, Photo John Rose

Sur l’ILE AUX OISEAUX, c’est l’affluence. Nous observons, à petite distance, une très grande et bruyante colonie de Sternes caspiennes nichant ou en parade nuptiale, à laquelle s’intègrent Grands Cormorans (Phalacrocorax carbo) et Cormorans africains (Phalacrocorax africanus), Pélicans, Grandes Aigrettes, les Sternes caugeks et royales, les Mouettes à tête grise (Chroicocephalus cirrocephalus) et les Bécasseaux sanderling qui courent sur le rivage.

Sternes royale, caugek, caspienne, Photo John Rose

Emerveillés par le spectacle, nous reprenons le chemin du retour en nous arrêtant, à l’approche de la tombée du jour, pour l’observation des reposoirs. Des Martins pêcheurs pie occupent les branches basses ; puis s’installent pour la nuit les aigrettes, les hérons, les spatules, les Anhinga d’Afrique (Anhinga rufa) et les pélicans, en étage jusqu’au houppier des palétuviers.

Les Perruches à collier (Psittacula krameri) et les Perroquets youyou (Poicephalus senegalus) sillonnent encore le ciel en quête d’un arbre hospitalier. Nous regagnons notre hébergement à la nuit tombée où nous attend un repas délicieux débutant par des huîtres de la mangrove, grillées. En fin de repas musiques et danses.

Christophe vient nous chercher le lendemain matin pour une balade à pied. Nous empruntons les rues sablonneuses bordées de grands arbres : caïcédrat (Khaya sénégalensis), utilisés pour la fabrication des pirogues ; daniellia (Daniellia oliveri), le santal africain ; le faux colatier (Cola corbiphorbia) ; les cordias (Cordia sinensis) en fleurs ; les nérés (Parkia biglobosa). Puis nous rejoignons les champs d’hibiscus (Hibiscus sabdariffa) desséchés (dont les fleurs servent à la préparation du bissap), champs replantés à la saison des pluies. Balade ornitho particulièrement riche en découverte : Barbicans à poitrine rouge (Lybius dubius) et de Vieillot (Lybius vieilloti), Irrisors noirs (Rhinopomastus aterrimus), Drongo brillant (Dicrurus adsimilis), Travailleur à bec rouge (Quelea quelea), Amarante du Sénégal (Lagonosticta senegala), Cordonbleus à joues rouges (Uraeginthus bengalus) mélangés avec des Euplectes vorabé (Euplectes afer), Alecto à bec blanc (Bubalornis albirostris). Puis avec la montée de la chaleur, la famille des accipitridae entre en scène : Gymnogène d’Afrique (Polyboroides typus), Vautour charognard (Necrosyrtes monachus).

Aigle huppard (Lophaetus occipitalis), Photo Patrick Menestrey

Un Aigle huppard (Lophaetus occipitalis) tournoie à basse altitude au-dessus d’un potager résolument moderne : la pompe du puits est actionnée par des panneaux photovoltaïques. Sur notre passage, nous faisons s’envoler des Francolins à double éperon (Francolinus bicalcaratus) et repérons un Faucon ardoisé (Falco ardosiaceus) et un Autour sombre (Melierax metabates), puis nous admirons dans un petit arbre tout près un couple de Rolliers variés (Coracias naevius). Nous disons au revoir à notre guide Christophe en fin de matinée et prenons la route pour la région du Sénégal oriental, pays des Mandingues, des Peules, des Bassaris et des Bédiks.

Bref arrêt au relais de KAOLACK pour déjeuner. La chaleur est accablante et la climatisation de la salle de restaurant bienvenue. Sous l’auvent du bar, bien à l’ombre, blotti derrière un extincteur, un Souimanga à longue queue (Cinnyris pulchellus). Reprenant chemin nous apercevons le long de la route, côté mer, les marais salants. La végétation change, laissant place à la savane arbustive, côté continent. Nous croisons des chargements acrobatiques de restes des plantes d’arachide sur des camions fatigués ; ce fourrage sert à nourrir les animaux. La production d’arachide dans cette région est économiquement importante. Les usines de traitement y sont nombreuses.

Arrivée le soir sur le fleuve GAMBIE, par une piste en pleine forêt, au village de WASSADOU  : végétation subtropicale dense le long du fleuve. Certains sirotent une « Gazelle » (une bière locale) bien fraîche en contemplant ce fleuve majestueux et les grands arbres. D’autres scrutent la surface de l’eau, à la recherche de quelques paires de petites oreilles pivotantes marquant la présence d’Hippopotames (Hippopotamus amphibius). De petits singes postés à proximité de la salle à manger sont prêts à chaparder les reliefs des repas des touristes. Les hippopotames se feront discrets ce soir-là, à la différence des Babouins de Guinée (Papio papio) qui se chamaillent bruyamment.

Départ le lendemain pour DAR SALAM tout près et entrée principale du parc de NIOKOLO KOBA. Nous y rencontrerons au poste de garde nos trois guides assermentés, encadrés par Ibrahima KOUYATE. Le parc de 913 000 hectares est classé par l’UNESCO depuis 1981 comme patrimoine mondial et aussi comme réserve de biosphère. Puis, depuis 1998, il s’est étendu jusqu’à la Guinée, formant ainsi un parc transfrontalier. C’est le plus ancien et le plus grand des parcs nationaux du Sénégal. Il offre une exceptionnelle diversité de faune et de flore, et représente un atout considérable pour le développement durable de cette région défavorisée du sud-est du pays. En 2007 il est désigné comme patrimoine mondial en péril du fait de la pression du braconnage, de l’envahissement des mares par les plantes invasives, de la divagation du bétail et d’une dégradation des infrastructures touristiques. Le parc est un espace au relief contrasté, traversé tout au long par le fleuve GAMBIE et ses deux affluents, le NIOKOLO-KOBA et la KOULOUNTOU. C’est un véritable sanctuaire pour la faune et la flore. Il est cependant traversé dans sa partie supérieure par une route assez fréquentée qui mène au Mali, sur laquelle de nombreux animaux sont fauchés.

Nous sommes attendus à DAR SALAM par l’ensemble des guides, mais aussi par tout le village qui vient nous accueillir.

Danse locale, Photo Bertrand Mennesson

Les enfants des écoles dansent pour nous ainsi que les guides, les bébés et des grands-mères enthousiastes. La population connaît déjà John par l’intermédiaire de son association « COMETE international » qui a lancé en novembre 2012 un projet de coopération. Ce projet prévoit la formation des guides pour i) maîtriser des outils informatiques de base, ii) améliorer leur offre touristique et iii) participer aux inventaires des populations animales et floristiques. L’objectif final est de contribuer au développement durable et solidaire du parc, en associant les populations qui seront ainsi sensibilisées aux mesures de l’environnement.

Hippopotames (Hippopotamus amphibius), Photo Michel Durand

Le parc possède beaucoup de ressources inexploitées. La coopérative des guides naturalistes envisage une gamme d’activités pour promouvoir le tourisme naturaliste et culturel dans la zone, dont la création de sentiers de randonnées et d’un centre d’hébergement de type éco-lodge. Le manque de moyens (moins d’une dizaine de jumelles pour 33 guides ; aucune longue vue) n’entame pas leur détermination.

Babouins de Guinée (Papio papio), Photo John Rose

Départ pour une journée complète à la recherche de nombreuses espèces qui peuplent le parc. Avec la période sèche l’eau est devenue plus rare dans le parc et les animaux se concentrent autour des mares. C’est le moment idéal pour aller observer les attroupements autour de la mare WOENI et de la mare SIMENTI : Jacana à poitrine dorée (Actophilornis africanus), Grues couronnées (Balearica pavonina), Oedicnème du Sénégal (Burhinus senegalensis), Ombrette africaine (Scopus umbretta), Jabiru d’Afrique (Ephippiorhynchus senegalensis), Cigogne épiscopale (Ciconia episcopus), Marabout d’Afrique (Leptoptilos crumenifer), Dendrocygne veuf (Dendrocygna viduata), Oie armée de Gambie (Plectropterus gambensis), accompagnés des tisserins, astrilds, guêpiers, rolliers, et d’une palette d’ongulés.

Avifaune abondante en bord de la mare Simenti, Photo William Henneker

Quatre participants passent la nuit en plein parc dans l’hôtel Simenti récemment rénové, tandis que les autres dorment à quelques kilomètres de là sous tente au Camp du Lion géré par une coopérative de villageois.

La vie dans le parc suit le rythme du soleil et celui des animaux. Au petit matin, au mirador de la mare de SIMENTI, nous admirons des Guêpiers à gorge rouge (Merops bulocki) sur les buissons ainsi qu’un rollier d’Abyssinie. Les Amarantes du Sénégal (Lagonosticta senegala) sautillent sur l’herbe. Nous dénombrons 18 Ombrettes (Scopus umbretta) parmi les Cobes de Buffon (Kobus kob), les Cobes defassa (Kobus defassa), les Guibs harnachés (Tragelaphus scriptus) et les Phacochères (Phacochoerus africanus) venus boire. La tête des Crocodiles affleure à peine. Près du Camp du Lion nous avons observé des Grues couronnées et une multitude de Pintades de Numidie (Numida meleagris) en activité matinale, puis une Bergeronnette pie (Motacilla aguimp) et un Gobemouche drongo (Melaenornis edolioides). Une promenade sur le fleuve Gambie nous permettra d’approcher au plus près des Hippopotames, de côtoyer sur les berges des Vanneaux à tête blanche (Vanellus albiceps) et des Vanneaux du Sénégal (Vanellus senegallus), un Martin-pêcheur géant (Megaceryle maxima), et un Rollier à ventre bleu (Coracias cyanogaster) perché stoïquement en haut d’un arbre. Nous restons sous le contrôle attentif des familles de Babouins de Guinée.

Bucorve d’Abyssinie (Bucorvus abyssinicus), Photo Alassane Dieye

Départ pour le bivouac sur le mont ASSIRIK où nous monterons les tentes pour la nuit. Il s’agit du point culminant du parc (311 m) auquel on accède par une piste difficile cahoteuse à souhait. La végétation se fait de plus en plus rare : quelques fromagers, puis des forêts de bambous desséchés gris argenté bruissent au vent brûlant. Puis, ce sont des étendues plus désertiques peuplées de termitières champignon. Merveille de la journée : un mâle et deux femelles Bucorve d’Abyssinie (Bucorvus abyssinicus), et la piste traversée à la hâte par 2 Ourébis suivis d’une troupe d’une quinzaine d’Hippotragues rouans (Hippotragus equinus). Des Pintades de Numidie et des Poulettes de roche (Ptilopachus petrosus) surgissent des fourrés. Nous parvenons sur le plateau, panorama lunaire et calciné, parsemé de pierres rondes et rugueuses qui semblent être venues de nulle part. Un silence impressionnant règne. La présence animale se manifestera au cours de la soirée : Babouins batailleurs et Hyènes tachetées (Crocuta crocuta) intéressées par le campement inhabituel. Toute la nuit une lampe restera allumée pour les tenir à distance et les guides veilleront sur notre sécurité. Le bivouac est sommaire. Nous avons prévu des bidons d’eau pour « une toilette de chat ». S’endormir sous la voûte étoilée des tropiques invite à une nuit paisible bien que très courte.

Martin-chasseur à poitrine bleue (Halcyon malimbica), Photo John Rose

Ibrahima nous entraîne de bon matin à la recherche de Chimpanzés (Pan troglodytes) et, surprise, nous découvrons les empreintes de deux Eléphants de forêt (Loxodonta cyclotis) à quelques pas de notre bivouac ! Elles datent de la dernière saison de pluies mais ont suscité une vive émotion puisque les éléphants sont devenus rarissimes dans le Parc, moins d’une dizaine se cachent dans des endroits très reculés. Nous remontons le maigre ruisseau au fond d’un ravin couvert de capok produit par la Bombax costatum. Les Chimpanzés ne se manifesteront que par l’infâme fumet de leurs déjections. Nous apercevrons à la cime des grands arbres leurs nids. Nous nous sentons observés, mais malheureusement ce ne sera pas réciproque. Nous serons consolés de notre déception par la contemplation d’un Aigle martial (Polemaetus bellicosus) et d’un Martin-chasseur à poitrine bleue (Halcyon malimbica). Nous quittons le mont ASSIRIK. Quelques Cochlospermum tinctorium aux fleurs jaune vif contrastent avec cette terre rouge brunâtre calcinée. Les fleurs éclosent après les feux de brousse. Les tiges feuillées se développeront ensuite pendant la période des pluies.

Phacochères (Phacochoerus africanus), Photo John Rose

Au poste de garde sur la route sortant du parc, une famille de phacochères semi domestique accoure. L’un d’eux porte sur son dos un Piapiac africain (Ptilostomus afer) « équilibriste ». Nous poursuivons vers MAKO. Nous faisons halte au bord de la route dans la « dibitterie » (resto routier local) de madame DIARA qui nous sert un repas délicieux. MAKO est un village animé. De nombreuses sociétés d’orpaillage permettent une petite activité économique dans la région.

Après quelques emplettes au marché de KEDOUGOU, réapprovisionnement indispensable en eau minérale, achat de noix de cola et de sucettes à offrir à un village Bédik, nous poursuivons en pays Bédik. Le relief a encore une fois changé. Collines et falaises succèdent aux étendues désertiques de la veille. Les villages sont perchés, entourés de baobabs (Adansonia digitata) et de fromagers (Ceiba pentandra) centenaires. La vie y est rude. L’eau et les champs de maïs sont en bas dans la plaine à jusqu’à une heure à pied du village. Les populations se sont réfugiées sur les falaises pour fuir les persécutions et voir arriver l’ennemi. Nous atteignons par une piste de latérite bien entretenue le campement Bédik de Léontine en fin d’après-midi. La chaleur est écrasante et le puits nous offre son liquide précieux pour une douche à la casserole des plus agréables. Pour les plus vaillants d’entre nous, balade à pied avant le dîner récompensée par l’observation d’une multitude d’oiseaux profitant de la fraîcheur relative : plusieurs espèces de tisserins et d’astrilds, des Bulbuls des jardins, un Camaroptère à tête grise (Camaroptera brachyura) gigotant par terre tout près et un Grand-duc Vermiculé (Bubo cinerascens) posant majestueusement sur une branche à la tombée de la nuit. Chez Léontine le potager est luxuriant et le dîner savoureux.

Entrée du village, Photo John Rose

Après un petit déjeuner agrémenté de tartines au miel de brousse, nous quittons à regret Léontine pour entreprendre l’ascension du massif rocheux jusqu’au village d’ANDYEL. Nous sommes guidés par un jeune du village qui nous parlera des coutumes et des croyances animistes de son peuple. Après la remise des cadeaux d’usages (noix de cola et sucettes), nous sommes accueillis par le chef de village et le conseil des sages assis à l’ombre de la case d’initiation et des baobabs.

Femme et fille Bédiks, Photo John Rose

Beaucoup d’oiseaux se baladent dans les arbres : Irrisor noir (Rhinopomastus aterrimus), Choucador à longue queue (Lamprotornis caudatus), Barbican à poitrine rouge (Lybius dubius), Colombar waalia (Treron waalia), Pigeon roussard (Columba guinea). Nous passons devant la chapelle, pensée émue pour les bâtisseurs compte tenu des difficultés pour acheminer si haut les matériaux. Les femmes pilent le mil et le fonio en cadence, puis organisent un petit marché artisanal à notre intention. Les femmes les plus âgées portent un piquant de porc-épic en travers de la cloison nasale, mais, progrès oblige, les piquants sont maintenant vendus aux touristes et remplacés par des bâtons de sucette.

Guêpier écarlate (Merops nubicus), Photo Michel Durand

Nous quittons les Bédiks et prenons la piste pour SEGOU. Un vol de Bagadais casqués (Prionops plumatus) et un Guêpier écarlate (Merops nubicus) assez rare posent pour des photos dans un arbre juste à côté de la piste.

Chutes de Dindéfello, Photo John Rose

Puis nous partirons à pied aux chutes de DINDEFELLO (110 m de haut) pour un pique-nique et une baignade pour les plus téméraires. En route nous observons des Merles africains (Turdus pelios) piquetant dans la rivière et puis un Chimpanzé qui nous observait disparut silencieusement dans le taillis riverain. Notre présence dérange quelques Singes verts (Cercopithecus aethiops), cachés dans la végétation le long de la paroi qui répliquent par un lancer de pierres. Nous quittons cette fraîcheur bienfaisante. Sur le chemin du retour, des Babouins faisant toujours le guet et un Touraco violet (Musophaga violacea).

Chutes de Dindéfello, Photo John Rose

Après l’achat de bouye (poudre de pulpe du fruit du baobab) et du miel de brousse, nous reprenons la route pour l’éco-campement que KEUR ANNICK au bord du fleuve Gambie. L’hôtelier, Paul, un pharmacien nantais à la retraite propose des balades botaniques à la découverte des plantes médicinales. Quelques-uns apercevront une famille d’hippopotames dans le fleuve à proximité du campement. Après une excellente nuit nous levons le camp de très bonne heure, car la distance qui nous sépare de DAKAR est longue et la route parfois en très mauvais état.

Au bout de 9 heures nous posons à nouveau nos sacs à la maison des Amis de la Nature à MBAO, tout près de DAKAR. Nos chauffeurs ont été des exemples de prudence, d’habileté et de sympathie. Le groupe se sépare.

Vautour charognard (Necrosyrtes monachus), Photo Michel Durand

Certains repartent le soir même pour retrouver leurs familles à Dakar ou pour la France, d’autres s’octroient le lendemain un moment de détente et d’observation parmi les joggeurs matinaux au parc forestier de HANN, vaste oasis verdoyante aux confins de Dakar, ville autrement dépourvue d’espaces verts : Vautours charognards, Choucador à longue queue, Coucal du Sénégal (Centropus senegalensis), Capucin bec d’argent (Lonchura cantans), Souimanga à ventre jaune (Cinnyris venustus), Barbican à poitrine rouge, Touraco gris, perruches et perroquets, Pic goertan (Dendropicos goertae), Camaroptère à tête grise, et un ibis falcinelle (Plegadis falcinellus) en vol. Puis nous nous dirigeons vers l’étang joliment aménagé, où nous observons d’impressionnantes colonies de cormorans et d’aigrettes, ainsi que des hérons et des pélicans.

Perroquets youyou (Poicephalus senegalus), Photo John Rose

Après avoir longuement remercié Moussa DIOP pour sa gentillesse et sa compétence, nous nous séparons en nous promettant la poursuite de notre collaboration.

Nous avons cité au passage quelques végétaux et animaux rencontrés, juste pour exciter votre curiosité et vous montrer qu’il n’y a pas que des oiseaux magnifiques dans ce pays si attachant. Il aurait été très fastidieux d’énumérer au fur et à mesure de nos observations tous les oiseaux identifiés (174 dont 49 visibles en France) et tous les mammifères (19). C’est pourquoi nous vous renvoyons aux listes complètes qui figurent dans le document joint. Une version condensée de ce compte-rendu a été publiée au Bulletin d’ANY (Tome 40, Fasc. IV, déc. 2013).


PS :
Si vous avez au fond de vos tiroirs des équipements (jumelles, ordinateurs portables, appareils photo numériques, smart-phones...) dont vous ne vous servez plus, nous sommes preneurs. Elles seront bien utiles à nos amis les guides.

Si vous souhaitez soutenir le projet des guides de préservation et de développement du parc de NIKOLO-KOBA, voici l’appel aux donateurs de l’association COMETE International à laquelle vous pouvez faire un don défiscalisé : http://comete-international.org/spi... .

info portfolio

Femme et fille Bédiks, Photo John Rose L'équipe au complet au mont Assirik, Photo John Rose Tracé GPS du voyage Avifaune abondante en bord de la mare Simenti, Photo William (...) Hippopotames (Hippopotamus amphibius), Photo Michel Durand Babouins de Guinée (Papio papio), Photo John Rose Bucorve d'Abyssinie (Bucorvus abyssinicus), Photo Alassane Dieye Martin-chasseur à poitrine bleue (Halcyon malimbica), Photo John (...) Guêpier écarlate (Merops nubicus), Photo Michel Durand Vautour charognard (Necrosyrtes monachus), Photo Michel Durand Perroquets youyou (Poicephalus senegalus), Photo John Rose Rollier d'Abyssinie (Coracias abyssinicus), Photo John Rose Education à l'environnement, Photo Bertrand Mennesson Colonie de Sternes caspiennes, Photo John Rose Sternes royale, caugek, caspienne, Photo John Rose Danse locale, Photo Bertrand Mennesson Aigle huppard (Lophaetus occipitalis), Photo Patrick Menestrey Héron Goliath (Ardea goliath), Photo Patrick Menestrey Pygargue vocifère (Haliaeetus vocifer), Photo Patrick Menestrey Mouette à tête grise (Chroicocephalus cirrocephalus), Photo Patrick (...) Culture des huîtres, Photo John Rose Phacochères (Phacochoerus africanus), Photo John Rose Entrée du village, Photo John Rose Chutes de Dindéfello, Photo John Rose Chutes de Dindéfello, Photo John Rose

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