Champignon de Février 2021

Flammulina velutipes - Collybie à pied velouté

par Frédéric Della Giusta

En ce début de Février, il faut savoir, mycologiquement parlant, se contenter de peu.
En effet, la saison connue pour être celle des champignons, l’automne, est déjà bien loin. En une heure de ballade en forêt de Marly, on n’aura guère rencontré que quatre espèces (je ne compte pas les polypores et stérées, telle la stérée hirsute, qu’on trouve toute l’année).

Mais ’peu’ ne signifie pas pour autant ’dénué d’intérêt’, bien au contraire en ce qui concerne notre récolte. On aura en effet croisé :

Flammulina velutipes est un champignon d’hiver qu’on croise dans les Yvelines de Décembre à Février. Il est cespiteux, c’est à dire croissant en touffe compacte où les champignons sont reliés par le pied, et pousse généralement sur bois de feuillus mort. On peut le trouver, mais bien plus rarement, sur bois de conifère et sur des arbres vivants mais malades.

Malgré une odeur métallique et peu engageante (question de goût tout à fait personnel), il est classé comme bon comestible. Il est d’ailleurs cultivé, principalement en Asie (Chine, Corée, Japon). Pour la cuisine, on écartera les pieds car trop durs pour ne garder que les chapeaux. D’une consistance molle et élastique, il convient bien aux plats asiatiques (soupes, riz), à l’image des oreilles de Judas citées plus haut. On trouvera sur internet de nombreuses recettes de la variété cultivée en cherchant ce champignon sous sa dénomination asiatique "ENOKI" ou "ENOKITAKE". On ne s’étonnera pas de trouver des photos de longs champignons blancs, cet aspect étant dû à la méthode de culture qu’on ne détaillera pas ici.

L’étymologie, comme souvent en mycologie, nous indique l’essentiel.
Le nom de genre Flammulina vient du latin flamulla (petite flamme) auquel s’ajoute le suffixe -ina (petite). C’est donc une toute petite flamme, en rapport avec sa taille et la couleur vive et orangée de son chapeau.
Le nom d’espèce velutipes vient de l’ancien français veluté (velouté), lui- même issue du latin villosus (velu), et du latin pes (pied). A pied velouté.

Un joli petit champignon aux couleurs vives, au chapeau brillant, au pied hirsute, comestible qui plus est, venant agréablement égayer une période ou le champignon est rare... voilà suffisamment de qualités pour mériter le titre de Champignon de Février 2021 !

On a la chance de le voir ici sous différents aspects :

  • sur un tronc, en touffe - au sol sur une vieille souche et plus isolé
  • à des stades de son développement très différents : d’abord juvénile, puis à maturité, et enfin à l’âge canonique.
    Flammulina velutipes
    Collybie à pied velouté
    Flammulina velutipes
    Exemplaire juvénile, au pied et à lames très clairs
    Flammulina velutipes
    Exemplaires déjà âgés, à l’humide

Chapeau
De taille généralement modeste entre 1 à 6 cm de diamètre, pouvant atteindre exceptionnellement 10 cm. Très visqueux, brillant et collant à l’humide. Gras et mat au sec. D’un bel orange soutenu, quelquefois plus clair, virant au brun avec l’âge d’abord au centre puis complétement. Plus clair et finement strié sur le bord.

Stipe
Court, de 3 à 6 cm de hauteur, de 2 à 5 mm de diamètre, coriace, creux (tubulaire), de couleur crème à jaunâtre sous les lames et s’assombrissant jusqu’au noir à la base du pied. Dans la jeunesse, le pied est tout à fait et uniformément ocre à orange pâle. Le pied est recouvert d’un fin velours qui donne son nom à ce champignon. On notera que le diamètre de l’exemplaire juvénile représenté ci-dessus est exceptionnel puisqu’il tangente le centimètre.

Lames
Larges, peu serrées avec lamelles et lamellules, adnées à échancrées, les lames d’abord blanches, puis crème jaunâtre, virent au beige ochracé se tachant ici ou là de brun avec l’âge.

Chair
Beige jaunâtre dans le chapeau, orange à brune dans le pied. Douce à légèrement amère.

Odeur
Faible, légèrement fruitée, métallique.

Sporée
Blanche.

Spores
Elliptiques à subcylindracées, hyalines, lisses
6-9,5 x 3-4,5 micromètres.

basides
Les basides sont tétrasporiques.

Cystides
L’observation microscopique de ce champignon réserve quelques belles surprises.
On peut en effet y voir des cystides de différentes natures :

  • piléocystides : sur le revêtement du chapeau, fines et allongées, à paroi épaisse, et de grande taille (de 60 à 120 micromètres)
  • cheilocistides : sur le bord des lames, abondantes, fusiformes ou utriforme. 40-60 x 10-15 micromètres
  • pleurocystrides : sur l’arête des lames, peu nombreuses et identiques aux cheilocystides

Références

  • EYSSARTIER G., ROUX P., 2018 - Le guide des champignons France et Europe. Ed. BELIN, 4e édition, pp 366.
  • COURTECUISSE R, DUHEM B., 2013 - Champignons de France et d’Europe. Ed. Delachaux et Niestlé, CD632 pp 275.
  • MONTEGUT J., 1992 - L’encyclopédie analytique des champignons - éditions SECN - Vol 2 pp 735 - N°1011.
  • ROUX. P., 2006 - Mille et un champignons - éditions ROUX- pp 548.
  • BRESSON Y. 1996 - Dictionnaire étymologique des noms scientifiques de champignons - Edition Association Mycologique d’Aix-en-Provence. pp 209
  • Flammulina velutipes sur Mycodb

info portfolio

Auricularia auricula-judae Sarcoscypha coccinea Tremella mesanterica Flammulina velutipes - Spores Flammulina velutipes - Baside Flammulina velutipes - Piléocystides Flammulina velutipes - Piléocystides à plus fort grossissement Flammulina velutipes - Cheilocystide

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