Champignon d’Octobre 2020

Asterophora parasitica - Nyctalys parasitica

En ce premier jour d’Octobre, la pluie est au rendez-vous comme tous les jours depuis une semaine et tombe en averses éparses. Malgré la fraicheur de l’air (15°C), une jolie éclaircie est mise à profit pour une balade en forêt. Et bien bonne nouvelle ! Ce jour marque en effet véritablement le début de la saison mycologique avec une jolie poussée de diverses espèces. Trois jour auparavant, une balade en Forêt de Marly n’avait permis de rencontrer que 3 champignons....
Berf, parmi les espèces rencontrées ce jour, 2 espèces au destin lié : Asterophora parasitica (Astérophore parasite ou Nyctalis parasite), et Russule densifolia (Russule à lames serrées), le premier se développant sur le second.

Dans la Forêt de Marly, sous bouleaux et fougères, à proximité d’un fossé de drainage en eau toute l’année, dans la terre noire et acide, on trouve d’abords une dizaine de Russula densifolia, caractérisées par un chapeau au centre déprimé, mat et velouté ou visqueux et brillant selon les exemplaires, une couleur blanche à brun-marron, des lames piquantes, et une chaire rougissante (en quelques minutes) puis noircissante (en une à deux heures). Les réactifs nous confirment l’identification : Gaiac bleu-vert profond très rapide sur pied et lames, sulfate de fer vert sombre très rapide également.

A proximité directe (moins de deux mètres), on trouve ensuite plusieurs bouquets de petits champignons gris semblant se développer dans les feuilles et la mousse. En les récoltant, on comprend alors qu’ils poussent en fait sur un reste de champignon en décomposition. Une observation ultérieure au microscope d’une lame de ce champignon-support permet de confirmer qu’il s’agit bien d’une russule (la forme de la spore est caractéristique) et l’ornementation des spores est compatible avec Russula densifolia.

Nous avons donc affaire ici à des champignons cespiteux (reliés par le pied) poussant en une touffe de six individus non-détachables du champignon-hôte et dégageant une odeur fort désagréable qui se mêle aux effluves de la russule en putréfaction...

Asterophora parasitica affectionne les Russulaceae en décomposition particulièrement les russules du groupe delica (Russula delica, Russula nigricans, Russula adusta, Russula densifolia) et plus rarement les Lactaires du groupe piperatus (Lactifluus piperatus, Lactarius pergamenus, Lactifluus glaucescens).

Un champignon poussant sur un autre champignon... voici une mise en abyme peu commune. Peu commune mais pas unique parmi les champignons ’supérieurs’ (hors moissures). Citons par exemple :

En tout état de cause, ce caractère rare permet de conférer à Asterophora parasitica le titre convoité de "champignon du mois", millésime Octobre 2020.


Chapeau
De 8 à 12 mm de diamètre pour les exemplaires observés, pouvant atteindre et dépasser 20 mm d’après la littérature. Gris, fibrilleux-soyeux, à la marge brun clair. Légèrement bombés jeunes puis étalé et enfin convexe.

Stipe
Gris blanchâtre, fibrilleux, soyeux sur le premier quart supérieur, à la base feutrée blanche. Creux et brun à l’intérieur. 30 mm de longueur, 2 à 3 mm de diamètre.

Lames
Epaisses, pruineuses, plutôt espacées, fourchues, avec lamellules, rappelant les plis d’une girole. De couleur entre le gris et le brun-ocre.

Chair
Brune dans le pied, brun-marron dans le chapeau.

Odeur
Désagréable mais différent de l’odeur du substrat en décomposition qui est aussi très désagréable.

Spores
Malgré un sporée tentée sur une plaque de microscope, aucun spore n’a pu être collecté. Aussi, en observant une lame au microscope, aucune spore n’a été mise en évidence. La littérature donne : "spores elliptiques, lisses, hyalines, 7x5 micromètres, le plus souvent absentes" (ce qui est rassurant et confirme notre non-observation).

Chlamydospores
Une chlamydospore est une spore de multiplication végétative (c’est à dire sans reproduction sexuée) à paroi épaisse qui leur permet de subsister d’une année sur l’autre sur le sol ou dans les débris végétaux en décomposition.
De 14 à 17 micromètres de long sur 10 micromètres de large, elliptiques, hyalines, présentant une grosse et unique guttule, entourée par une cellule d’hyphe qui en est à l’origine. Une fois libérée de l’hyphe, elle prend une forme sphérique.

Références

  • Asterophora parasitica sur Mycodb
  • Asterophora parasitica sur Wikipédia
  • Chlamydospore, définition sur Aquaportail
  • Russula densifolia sur Mycodb
  • J. Montégut, 1992. - L’encyclopédie analytique des champignons - éditions SECN - Vol 1 p. 45-49 (les champignons parasites).

info portfolio

Asterophora parasitica sur russule en décomposition Chapeau soyeux d'Asterophora parasitica Asterophora parasitica, pied et lames Lames d'Asterophora parasitica chlamydospore d'Asterophora parasitica Russule hôte d'Asterophora parasitica : Russula densifolia

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